Le voyage, c’est une distance à parcourir.
Une distance qui vous sépare d’un être cher disparu.
Un espace entre deux terres lointaines l’une de l’autre : Djibouti et Poitiers.
Une distance qui sépare un père de sa fille,
et qu’un espace intemporel sur YouTube va rapprocher…
Un rythme entêtant mêlé à la saturation d’un synthétiseur
qui crache,
À plus de 50°, au bord du lac Assal, où le sel est abrasif.
Le sel des larmes et des rires à la vue des images qui
défilent.
Des cristaux tombant au fond des eaux
Qui s’agglomèrent, se sédimentent
Pour former cette terre lointaine.
Une silhouette floue et si proche à la fois.
Un territoire suspendu dans un temps immuable.
C’est aussi une géographie qui s’étire,
Et cette mer qui se retire, laissant une terre exsangue.
Le temps d’une coupure. Irrémédiable.
Alors il faut laisser faire la sédimentation,
Celle du sel versé par les larmes.
Chercher sa présence, parcourir des kilomètres de bande…
Sur sa table de montage, on le voit au milieu des musiciens,
Il rassemble, il rapièce, au rythme de la pop djiboutienne.
Un tempo joué du bout des doigts.
Se laisser emporter par la danse les bras tendus au ciel.
ET revenir fouler le sel, celui du lac Assal…
Surtout que l’enregistrement ne s’arrête pas…
Et Abdallah Lee chante, Abdallah danse…
Iman Ahmed — Abdallah Superstar
Éditions Actes Sud
Texte d’accompagnement et illustrations : Thomas Tessier
© Thomas Tessier